Les âmes
Attendons un instant, regarder ce que nous sommes devenues. Passer des heures à chercher un arbre immense dans une forêt minuscule.
Je n’ai jamais vraiment été courageuse, mais ça tu le sais déjà. Tu disais déjà il y a des mois de ça que ma faiblesse ne me sauverait pas, et même si je ne t’écoutais pas je t’entendais. De tout ce que tu m’as dit tu as toujours eu des envolées cryptiques, des manières de les dire qui ne me convenaient pas et peut-être un sens de l’instant un peu moins avenant que ce que j’aurais espéré. En y repensant je faisais peut-être seulement mine de ne pas t’écouter. Tu m’as dit tant de choses que je n’ai jamais réussi à comprendre que j’ai du arrêter de prêter attention à ce que tu avais sur le coeur, et je me trouve maintenant désolé que ça soit le cas. Je ne voulais pas te faire du mal.
Sans doute n’as tu parfois pas été assez délicate et les sentiments que tu me procurais m’ont menés à m’éloigner de toi. Souvent je t’en ai voulu après que nous nous battions à propos de bribes d’émotions sans intérêt. Je te croyais égoiste, je voyais que tu ne sentais pas le malaise et la colère qui me parcouraient et que ma haine t’atteignait seulement sans te toucher, et je m’en suis voulu de vouloir t’abandonner, alors que tu ne doutais jamais de penser à ce que tu me disais, même lorsque j’essayais de te raisonner et de te partager mes propres tourments. Rien n’y faisait, les âmes muettes ne s’entendaient plus.
Lorsque les âmes se taisent, l’indifférence s’élève avec les ombres et l’amour s’effondre. Alors j’ai essayé de te parler à nouveau. Je ne crois même pas avoir essayé vraiment, c’est plutôt arrivé sans que je ne m’en rende compte. Je t’ai surtout plus écouté qu’avant, et même quand je n’étais pas d’accord j’arrivais enfin à comprendre pourquoi tu disais ce que tu avais tant dit. Rien n’avait changé dans tes idées et j’étais soulagé de m’en rendre compte alors que je ne t’avais pas prêté attention. J’ai compris que toutes ces années que tu as passé à me dire des choses n’avaient pas été vaines : malgré tout je t’entendais.
Ne va pas croire que je pense que tout est désormais parfait ; notre relation est loin d’être terminée et j’ai encore beaucoup de choses à te dire. Mais au moins nous nous entendons de nouveau, et je crois que ça m’aide à y voir plus clair. J’ai vécu dans le noir pendant si longtemps et je pensais que c’était de ta faute, je sentais ma poitrine se resserrer et ma respiration s’emballer à chaque fois que je t’entendais parler. J’avais cette même sensation qui parcourait mon corps et qui paralysait mes membres, j’entendais ce même son qui m’aveuglait d’une lumière assourdissante alors que mon âme voulait seulement fuir loin de la souffrance que tes mots lui infligeaient. Je croyais que c’était à cause de toi, pourtant quand tout était fini c’est avec tes paroles que j’arrivais à me sentir mieux. Depuis j’ai réappris à les laisser m’atteindre et j’ai compris que tu luttais contre autre chose.
Ca va mieux qu’avant, et c’est déjà ça. Récemment j’ai entendu de nouveau ta voix, celle qui me paralysait. J’ai eu peur, mais c’était différent de d’habitude. Je savais que tu ne me voulais aucun mal. Je n’étais pas terrifié cette fois, alors j’ai essayé de faire quelque chose, d’aller quelque part. J’ai passé tant de temps à regarder mes problèmes en étant trop exténué pour tenter de les résoudre que lorsque j’ai compris que j’en avais cette fois la force j’ai voulu essayer d’en faire quelque chose. Mais je ne savais pas quoi. Je crois que c’est pire qu’avant. Je tourne en rond sans but, désespérément à la recherche de quelque chose qui pourra me faire du bien, m’apaiser ou me faire passer le temps ; en vain. J’ai gagné l’énergie de me battre mais je n’en ai toujours pas les moyens.
Je sais au moins que je peux te faire confiance à présent, et j’espère que ça durera. Je ne peux pas te promettre que je serai toujours à tes côtés, mais j’essayerai le plus fort que je le peux de le rester le plus longtemps possible. Je sais que tu m’as vu être tenté d’abandonner plusieurs fois, et je ne sais pas si ça arrivera de nouveau, mais souviens toi que je suis toujours là malgré tout, et que je n’ai jamais cessé de me battre. Je te promets de continuer.
A toi, celle que j’ai tant aimée.
Cette lettre est inspirée de nombreux anciens écrits jamais parus et qui m’ont aidés. Je rends hommage à celle qui les a écrit en les réutilisant ici en partie. Véritablement, à toi. Merci pour tout.