Lettre à un ancien ami
On a jamais vraiment fini. Je sais que tu avais des remords et j’admets que j’avais les miens aussi, mais un sentiment d’inachevé me reste. Les pensées qu’on laissait au contexte sans jamais se les dire demeurent en suspens : au final je n’en sais pas tant, et toi non plus. Peut-être que ça ne changerait rien et que tu avais déjà raison. On dit souvent que c’est en parlant qu’on parvient le mieux à régler nos conflits ; pourtant ici je ressentais que c’était l’inverse. Nos discussions ne menaient pas nul part, mais non loin de là.
Pour être honnête j’ai toujours eu le sentiment que ça terminerait comme ça s’est terminé. Presque dès le début j’ai vu arriver les intempéries, aux premières tempêtes j’ai su que seul le temps nous séparait de notre tour. Avec le recul je ne sais même pas pourquoi on a continué. Je pourrais croire que j’avais l’espoir que ça perdure plus que ça ne le devait, mais je ne l’ai jamais ressenti profondément ; je savais. Je crois plutôt qu’on s’y plaisait. La vie nous a donné ce qu’elle nous devait, et on a plongé sans vraiment y penser.
Je ne retiendrais pas seulement ce qu’il y a de bon à retenir. Bien sûr je garderai ce qu’on avait de plus beau près de moi, tout ce qu’on a su se dire et traverser ensemble. D’un voyage on revient souvent avec le négatif en premier, j’essayerai que ça ne soit pas le cas ici. Je t’aimais, et je sais que toi aussi : c’était le principal, et ça le sera toujours.
Le temps a emporté mes regrets et mes ressentiments. Je sais mieux reconnaître les tourments qui nous traversaient et pourquoi ils nous ont menés a ce que nous sommes devenus. Bien sûr j’aurai aimé en finir autrement, dans moins de colère et de reproches, moins de mystères et plus de sincérité. Mon coeur est apaisé.
On s’est revu et on se reverra, mais on sait faire la part des choses. Je sais qu’on ne sera plus amis. Alors une dernière fois je pense à te dire au revoir. Si on le veut on se retrouvera, sinon la vie continuera.
Trouve tout ce qui t’es favorable, et sois heureux.
Ainsi s’achevait l’audace de s’être associé dans ce voyage à travers des émois qui ne les menaient nulle part. Ca ne pouvait que mal finir, et pour cause ; ni l’un ni l’autre n’en voulait autrement. Pour se dire au revoir ils ont trouvé un prétexte, ont écrit et joué leur propre comédie à la perfection jusqu’à la dernière ligne. Et ils continueront de suivre encore cette mise en scène et de mettre ces déguisements, jusqu’à ce que leurs plaies soient closes, ou bien jusqu’à leur fin.