Avancer dans le passé
Comment tu t’appelles ? Je t’ai presque oublié. Je réfléchis et je vais chercher aussi loin que je me souvienne, des images me reviennent petit à petit. Les prénoms et les souvenirs se mélangent, les moments sont flous : le bien et le mal, le bon ou le mauvais, je confonds.
Mais, certains moments me reviennent. Je ne sais pas dire pourquoi, mais certaines scènes sont bien plus vives que tout le reste. Je revois les lieux, je ressens les émotions de nouveau. Les frustrations, les pleurs, les joies, les peurs ; la colère rarement, le constat souvent. L’indifférence qui m’entoure, le jugement ? Que s’est-il réellement passé ? C’est souvent insignifiant. Je me souviens courir, parler, manger, je me souviens des gens, des amis et des autres. Mais pourquoi plus de ce moment ou je me sentais un peu seul ? De cette scène de moi en pleurs sans que personne ne comprenne pourquoi ? Ou bien des rires, des jeux, du chant ?
Le temps passe. Je ne me souviens pas de la transition, mais je me trouve ailleurs sans avoir bougé. Je te retrouve une première fois mais rien ne dure. Je réfléchis encore, mais ma mémoire s’est encore plus effacée qu’avant. Globalement il ne se passe rien : l’indifférence continue, mais c’est tout. J’écris, je dessine. Je joue moins et je cours moins, je crois qu’il fait plus sombre qu’avant. Quelques années plus tard j’entends “si ça se passe bien pour vous, c’est que c’est vous le problème” ; j’apprends aussi le bien et le mal. Je me souviens encore de flashs, mais bizarrement beaucoup moins. Les bancs, les pleurs, le rire. J’étais assis à côté de toi, on ne disait rien : il ne se passait rien. Plus tard je rencontre la petite fille un peu par hasard, et depuis elle change de visage au fur et à mesure du temps. J’ai du mal à me souvenir de rencontres qui allaient me rester à vie.
Un été passe, bizarrement assez spécial. J’essaye de repartir de zéro : tout recommence. Ma mémoire est plus vive, les ombres sont derrière moi. Je vis selon le même schéma que précédemment, mais quelque chose a changé dans l’indifférence : je crois que les rencontres restent vraiment. Je joue, je cours, je souris et je ris. Pourtant parmi les nombreux flashs nombreux sont ceux au sol. En fait, il se passe des choses ; l’intensité a augmenté, et l’habitude doit la suivre. Je change, la concentration devient plus importante, les choses simples comptent plus. Je me trompe plus qu’avant, parce que j’essaye plus qu’avant. Je te rencontre une deuxième fois et je crois que c’est pour plus longtemps cette fois. Je gagne en confiance, j’arrive à me séparer de ce qui me pèse.
Avancer, toujours, malgré les drames. L’indifférence a disparu mais il faut gérer tout le reste. Jauger, contrôler… revenir. On se verra, on se reverra !