Lettre à Suzanne

Posté le Apr 1, 2026

Suzanne… Suzanne ? Est ce que tu t’appelles Suzanne ? Ça n’a pas d’importance.

Suzanne. Tu as sûrement grandis depuis la dernière fois que je t’ai vu. Peut-être que tu ne t’en souviens pas, c’était il y a longtemps. Ta mère saurait-elle retrouver ma trace dans sa mémoire ? Sans doute pas. C’était il y a longtemps, c’était insignifiant, mais je m’en souviens.

Rien ne nous lie si ce n’est ma mémoire. Ni toi ni ta mère ne me connaissiez, et inversement je ne vous connaissais pas et ne sait toujours rien de vous. Alors pourquoi je repense à toi, Suzanne ?

On s’est à peine croisées. Dans la file d’attente dans le train, tu jouais avec tes propres pensées comme souvent le font les enfants. Tu avais l’air de te promener dans un monde merveilleux au-delà du notre, même pas, nulle part, au-delà de ce qui peut exister ou de ce qu’on peut imaginer. Mais tu y arrivais, et elle jouait avec toi, ta mère, tu l’emmenais dans tes fantaisies et elle s’y invitait volontiers.

Peut-être que c’était mon malheur que tu as soigné à cet instant, ma lassitude de prendre un train sans vraiment de but ou d’envie parce que c’est comme ça que je vivais. Peut-être que c’était la magie que j’ai vu dans les yeux de ta mère, qu’elle était tellement heureuse d’être avec toi qu’elle touchait le bonheur du bout de ses doigts dans un moment pourtant si banal qu’une discussion dans une file d’attente. Ou bien peut-être que c’était ma mélancolie qui parlait avec de l’avance, celle de ne jamais avoir voulu d’enfant, qui me fait voir toute la joie que je perds au profit d’un confort fantasmé que je n’arrive pas à saisir, que je reste accroché à mon train de vie en croyant savoir que les problèmes m’éviteront si je continue de me tenir à l’écart de la parenté.

Pourquoi tu m’as troublé, je ne sais pas. Mais c’est ainsi. Je ne veux pas croire que je t’oublierai, mais ça viendra sûrement. Ton souvenir est un écho des heures plus sombres qui finira par être envahit par la lumière.

J’aurais aimé te recroiser pour te dire ça. Alors voici. Qui que tu sois et où que tu ailles, toujours ; garde la magie qui t’habite.