L'expérience du monde

Posté le Apr 22, 2026

Je me souviens d’un vieux texte que j’avais écrit sur l’univers. J’y parlais de la grandeur des mondes en partant du principe que l’univers est infini : l’infini amène à toutes les possibilités, donc tout ce qui peut exister existe. L’imagination n’est plus limitée à des expériences de pensées propres à chacune, mais s’étend dans la réalité sans que nous puissions le voir. Le plus beau, c’est qu’on a aucune idée de si c’est vrai ou non. Je crois que c’est ça qui me fascinait.

En y repensant, je parlais surtout de nous, les humains : il y a très peu de barrières dans notre système de pensées, et c’est ce qui me menait à ce texte. Je crois que j’aimais imaginer des choses, peut-être d’avantage qu’aujourd’hui, pousser et explorer des idées jusqu’à leur terme. Sans but, juste comme ça, l’avantage du vide, c’est qu’on peut choisir de le combler avec ce qu’on veut, et quand on parle de métaphysique c’est d’autant plus simple. C’est aussi pour ça que l’infini est partout : on remplit avec ce qu’on veut, mais plus on remplit, plus ça fait de la place. Une idée amène à une autre…

Pourquoi on réfléchit tant ? Fondamentalement, fatalement, immuablement, on est seul. Dans ses pensées, dans ses actions, dans sa vie en général. Profondément seul. Peut-être qu’on s’emmerde ? Le “divertissement” au sens de Pascal, sert à s’éloigner des pensées sordides. En gros on s’occupe pour pas être tenté par l’envie de se suicider. Est-ce que c’est satisfaisant ? On aurait facilement l’ego de choisir de penser à une raison plus noble bien sûr mais, à la fin, pourquoi faire ? Comment on change le monde ? La grandeur des choses fait perdre l’équilibre ! Plus on réfléchit, plus on explore, plus on comprend qu’on y comprend rien, en fait il n’y a rien à comprendre, c’est toujours d’une vision des choses dont on fait l’expérience.

C’est toujours d’une vision des choses dont on fait l’expérience. Les interactions que nous avons avec les choses partent toutes d’un point de vue. On peut l’appeler comme on veut : une opinion, un avis, un point de vue, une expérience… On peut utiliser plusieurs termes selon le contexte et passer de l’un à l’autre facilement, mais peu importe. L’important c’est ce que ça dit sur notre relation au monde : nous sommes distants du réel car nous ne pouvons que l’interpréter. L’ensemble de ce que nous voyons, ressentons, vivons de manière générale est propre à nous même et personne d’autre ne saura le vivre de la même manière. C’est un peu comme la théorie qui dit que nous voyons toutes des couleurs différentes sans le savoir (mon rouge n’est pas le même que ton rouge, mais nous l’appelons tous les deux rouge car nous nous y sommes habitués). Le monde tel qu’on le ressent n’est pas réel : notre expérience de celui-ci l’est. Le monde n’existe pas.

Je conviens que c’est un peu fort et que ça ne veut pas dire grand chose. Quelle différence cela fait-il, puisqu’il n’est pas possible de voir le monde “réel” ? Deux choses. Premièrement cela permet d’accepter beaucoup plus facilement qu’on ne vit pas comme les autres : c’est normal, on ne vit pas dans le même monde. D’abord il faut accepter que tout ce qu’on a énoncé s’applique à la fois à nos perceptions directes des choses tangibles (“un arbre est un arbre”) et à nos perceptions sociales et métaphysiques des idées que l’on construit nous même (“mon voisin est un con”). Il faut alors accepter qu’il y a un point de vue (une opinion, un avis) subjectif dans ces deux cas. Pour l’un c’est facile à accepter (“je pense que mon voisin est un con”), pour l’autre ça demande plus d’agilité mentale (“je pense qu’un arbre est un arbre”).

Enfin, ça détend. On parlait d’abord de divertissement, et il faut bien penser à quelque chose pour continuer de penser à quelque chose ; prenons du recul. Rien n’existe… A quoi bon ? Notre approche s’adoucit, on devient plus détaché et on s’amuse plus facilement. Ma grand mère dit souvent “rien n’est grave dans la vie, sauf la mort et encore”. Amusons nous encore ; rien n’existe et tout est à faire selon ce qu’on ressent.

Mince, pourquoi on parlait de l’univers déjà ? La grandeur de l’univers est la grandeur de notre imagination, car nous en faisons d’abord l’expérience par notre pensée.