La force de la beauté

Posté le Jul 12, 2026

Que s’est-il passé ? J’ai regardé au loin quelques instants, et je suis tombé à genoux sous les immenses poids de ma mémoire.

Pour une fois, je marchais sans but, ou presque. Je n’ai trouvé personne d’autre sur mon chemin que toi et moi. J’ai fait un long voyage, j’ai traversé des villes et des époques, parlé à mille gens et perçu des centaines de regards. J’ai vu l’admiration des miens lorsque l’art les touchait, quand j’ai enfin réussi à courir ; j’ai vu la peur aussi après mes erreurs, la mienne d’abord et ensuite la leur quand j’ai vu l’immense vide dans leurs yeux creuser un abysse dans mon âme qui me semblait alors sans fin ; j’ai vu la joie parfois, en entendant ton rire et en nous voyant être ce que nous étions, laisser la beauté nous emporter vers ce qu’elle avait à nous raconter, et l’entendre chanter une promenade qui m’avait l’air nouvelle même après l’avoir entendue tant de fois ; enfin j’ai vu la puissance qui nous y emmenait, cette force si imposante que jamais il ne m’est seulement venu à l’esprit de tenter de la combattre, qui nous entraîne si profond et nous empêche de voir et de penser.

Alors jamais rien ne s’arrête. On assiste à notre propre chute et on entretient les liens qui nous entraînent en se confondant. Mon regard n’est pas vide mais ce que je fixe n’existe pas encore, et n’existera sans doute jamais. On avance si vite que rien ne pourra nous retenir d’une suite qu’on espère être aussi belle, aussi grande et aussi forte.

J’ai regardé en arrière un instant. Que se passera-t-il ensuite ? Ce qui nous liait a disparu soudainement, mais mon âme se souvient de ses choix et de sa liberté. Tout tourne encore et encore, rien ne s’arrête. Je me suis arrêté, mais tout le reste a continué à courir. J’ai senti la joie à travers la douleur de notre chute sans fin, la peur, déjà, avant que l’abîme ne se creuse et que nous y sombrions, l’admiration quand les chants ont pris le dessus sur nous et nous ont emportés, et toute la douceur de la force qui nous a attiré et empêché d’agir. Quand tout a disparu, seule la peur a subsisté.

Jamais d’une discussion ne naît qu’une seule idée ; celle-ci en avait donné des centaines, mais c’est la force qui nous permit d’en voir des milliers. Je n’espère plus rien, si ce n’est que tout continue. L’abysse ne laisse toujours pas entrevoir son fond, la peur continue de m’habiter et la joie est dans chaque regard que je croise. Je sais comment tout ça va se finir et je l’oublie à chaque instant, mais je me souviens toujours d’une chose : jamais rien ne m’attirera plus que la beauté qui nous lie.