Il pleut
Cela fait trois jours que je n’ai pas vu le soleil. Assis devant rien une fois de plus, les volets fermés et les yeux qui piquent, je regarde et je contemple ce que je crois être ce que je dois être. Je regarde par la fenêtre. “Il pleut”.
Il pleuvait. Immobile depuis des heures, assis et penché en avant, il s’est levé d’un geste à la fois vif et lourd. Il aurait peut-être fallu qu’il reste assis, mais déjà il pleuvait. Des tours sur lui-même, s’asseoir, se relever, regarder les murs, les volets, par la fenêtre. En regardant autour de soi il n’a rien vu, à peine la lumière du jour qui projetait des lignes sur le sol à travers les stores fermés à moitié. Il regardait seulement par la fenêtre, et il pleuvait.
Je sens la pluie mais je crois qu’il n’y aura pas d’orage, juste de l’eau qui tombe infiniment, qui coule le long des façades et des feuilles des arbres avant de s’écraser sur le sol presque sans bruit. Toutes ensemble leur musique me semble belle, et seulement quand je les écoute une à une j’ai peur que jamais la mélodie ne s’arrête.
Il fallait bien qu’elle s’arrête pourtant. Le temps d’avoir trois pensées il fixa la porte et l’ouvrit. La pluie accélérait, et lui la regardait toujours du coin de l’œil. En fait il ne restait que ça, la pluie, les murs et une porte ouverte. Ensuite, il s’est allongé et a attendu. L’orage ne venait toujours pas, donc il fallait bien que la pluie s’arrête. Il espérait que la pluie s’arrête.
J’ai de plus en plus peur que l’averse ne passe pas. Je vois des lumières et des ombres, des silhouettes qui passent et qui marmonnent. Je n’entends que la pluie. Suis-je condamné pour toujours à la sentir sous ma peau ? Ou est-ce ainsi que ma mort survient aujourd’hui, trempé de l’eau froide du ciel ? Et de quoi est ce que je mourrais ? De froid ou de douleur ?
Il ne mourrait pas. Les silhouettes l’ont aidé à trouver un abri, et la chaleur a ravivé son esprit. De nouveau il entendait sa respiration, le son des lumières et des ombres qui l’entouraient, sa main frapper le sol et son cœur frapper son torse. Une semaine plus tard il en parlera en repensant aux silhouettes et à la sensation de la pluie sous sa peau. En attendant quelques mots suffisent.
“Il a plu.”