Les vagabonds

Posté le Apr 21, 2020

Ils n’avaient rien. Personne à qui s’attacher, personne ne s’y attachait. Le monde réel n’était qu’une conception abstraite écartée de leur propre réalité et de leur propre monde. Pourtant ils étaient bien là, comme à deux endroits à la fois, dans leurs pensées et à la vue de tous. Comme partout et nul part. Rien dans l’un, rien dans l’autre, juste là, par défaut, par ce qu’il le fallait, c’était comme ca. S’ils avaient eu le choix ils ne seraient pas, ou dans l’autre du moins.

L’autre ne leur apporte rien, c’est lui le roi, qu’ils détestaient, qu’ils évitaient. Qu’ils laissaient être, puisqu’ils n’étaient pas, ou ne le voulaient pas. Ils étaient indifférents, ne voulaient aucun mal. Il ne voulaient rien, même pas vivre; ils vivaient pour l’autre, pas pour eux. Ils étaient reconnaissants, aimaient, riaient, reconnaissaient l’Autre, bon. Et ils savaient retrouver l’un, rêve et cauchemar. Ils y pensaient sans cesse, s’y retrouvaient, s’y sentaient. Ils voulaient y être tout entier, pour toujours. Source de tout, il était pourtant mauvais, qu’un parallèle parfois, mais souvent un moyen, une issue. Ils s’y evadaient, avec l’autre parfois, toujours seuls. Toujours seuls.